Plant capsule

Écosystèmes détruits par les flammes, réduits en poussière, qui réussira à se hisser un chemin. Plantes pyrophytes qui jouent avec le feu ; elles se sont éteintes un instant pour repousser plus loin, redéfinissant sans cesse l’espace. Des cendres se sont envolées sur des forêts, résultantes de l’activité humaine. Elles ont laissé des territoires bouleversés, qui redeviendront foisonnants par la suite.

Vivre à travers ces bouleversements et ces ruines, c’est ce que nous propose Anna Tsing dans Les champignons de la fin du monde. C’est donc par le biais de ces ruines, les cendres de plantes, que j’ai commencé une exploration sur ce que nous pourrions en faire.

Plant capsule est l’archive d’une balade. Elle retrace les cueillettes quotidiennes de plante le long du canal de la Moselle à Nancy. C’est à la fois une relique, une capsule temporelle ou bien un objet alchimique qui renferme de la terre associé à un lieu, une plante cueillie sur celui-ci et les cendres de cette même plante. La dernière partie de cette capsule est un fragment de verre coloré à l’aide des cendres végétales. Cet objet est à la fois une Time Capsule qui permet de figer l’histoire d’un territoire, mais également la restitution d’expérimentations sur la manière de colorer le verre à travers les oxydes métalliques présentent naturellement dans les plantes.

Poser le regard sur les cendres, c’est imaginer les plantes quitter le monde végétal pour devenir minéral. C’est s’intéresser aux sols, à ce que les plantes ont pu capter et ce qu’elles ont laissé derrière elles. Des systèmes racinaires complexes, plantes accumulatrices de métaux enfouis dans la terre ou de ce que nous avons abandonné derrière nous, vivants témoins de la perturbation d’un sol.

C’est le long de la Moselle canalisé, du centre historique de Toul jusqu’à la campagne, qu’une cueillette spontanée à commencée. Des Géraniums, de la Knauties des champs ou bien de la Roquette d’orient ont été ramassé le long de la balade.

Avec les cendres de ces plantes récoltées, mes expérimentations ont débuté pour obtenir des émaux. Des couleurs sont apparues dans la flamme, d’abord timidement sur la surface, et ensuite, dans la masse du verre. Des branches de résineux trouvées sur le sol ont donné du blanc avec des pointes de jaune. D’autres sont devenues brunes foncées pour tendre au vert. Le blanc de l’ortie s’est dilué vers le bleu. Certaines n’ont pas été concluantes ; les cendres se sont mélangées avec le verre pour le laisser incolore. Parfois, des effets mystérieux sont apparus ; des couleurs qui ont changé aux mouvements, des nuances qui se sont mélangées et diluées pour en laisser deviner d’autres, permettant de penser qu’une chimie s’est produite ici.

En partant à la recherche de couleurs dans les cendres, par mes faibles connaissances scientifiques, j’ai laissé place aux incertitudes et aux libres-arbitres des plantes. Si rien ne devait arriver, alors, je me serais préparé d’ici là, à ne m’attendre à rien, à me laisser surprendre par le hasard. Que les cendres viennent salir le verre peut-être, qu’il se noircisse de l’extérieur et qu’il soit amené à s’effriter sous le frottement de ma main. Car vivre avec le vivant, c’est faire face à un monde que l’on ne peut pas vraiment maîtriser : indisponible à nos attentes. Il n’y a alors pas de réponses préétablies, seulement des expérimentations et des tentatives, des doutes lorsque rien ne se passe, pour enfin se laisser émouvoir de joyeux hasards. En ce sens, j’ai donc réfléchi à un moyen de présenter ces recherches, un protocole qui permet de mettre en valeur des simples expérimentations.

Encapsuler ces éléments, c’est faire un arrêt sur image et fantasmer sur ce qu’ils pourraient devenir après. C’est garder les éléments confinés dans l’optique de les réutiliser plus tard ou de les transmettre. Attendre d’avoir les moyens technique de pouvoir les analyser de manière scientifique. Ou simplement mettre un instant T du paysage sur pause, faire une Time capsule en espérant que quelqu’un les retrouve un jour.

Rentrer à la maison ?